Un ami m’a récemment demandé pourquoi j’avais reçu quatre vaccins cet automne : grippe, covid, pneumocoque et le rappel à 10 ans contre l’encéphalite verno-estivale. Pourtant, je suis en bonne santé et je nage quatre heures par semaine. Ma réponse a été simple : « Parce que j’ai 67 ans et que cela fait partie des recommandations de l’Office fédéral de la santé publique. »
Je pensais jusque-là que l’immunosénescence – cette baisse progressive des défenses immunitaires – n’était liée qu’à l’âge chronologique. Avec les années et les cycles de division cellulaire, les globules blancs qui reconnaissent les nouveaux microbes, ainsi que ceux qui produisent des anticorps, deviennent moins efficaces. Résultat : un risque accru d’infections et une réponse diminuée aux vaccinations. Cette fragilité est souvent aggravée par un état inflammatoire persistant, appelé « inflamm’aging », lié à des infections virales qui ne disparaissent pas complètement. L’ensemble favorise non seulement les maladies infectieuses, mais aussi l’apparition de maladies auto-immunes et de certains cancers.
La pratique régulière d’une activité physique est un pilier essentiel du « style de vie plus », un concept de prévention qui associe plusieurs comportements protecteurs : exercice régulier, alimentation riche en nutriments protecteurs, sommeil de qualité, gestion du stress, stimulation cognitive et maintien du lien social. Ces piliers agissent en synergie : ils réduisent le risque cardiovasculaire, préviennent certains cancers, limitent le déclin cognitif. Ils atténuent également l’immunosénescence. De nombreuses études montrent que l’exercice physique régulier atténue certains marqueurs de l’immunosénescence : il maintient l’activité des lymphocytes naïfs (ces cellules qui détectent les microbes inconnus), améliore la production d’anticorps et module les molécules de l’inflammation.
Alors, les vaccins sont-ils superflus pour les séniors sportifs ? La réponse est non, car l’âge reste le facteur de risque dominant pour les infections respiratoires comme la grippe, le covid ou les pneumonies. Autrement dit, l’activité physique améliore la situation, mais ne supprime pas la vulnérabilité liée au vieillissement immunitaire. Les vaccins demeurent donc indispensables, même pour les séniors très actifs.
La bonne nouvelle, c’est que l’exercice améliore la réponse vaccinale. Cet effet est largement démontré, notamment pour les vaccins contre la grippe et le covid. C’est même une stratégie proposée pour compenser l’immunosénescence, au même titre que l’augmentation de la dose d’antigène ou l’ajout d’un adjuvant.
À l’approche des fêtes, je me réjouis de réunir quatre générations autour de la même table. La semaine dernière, j’ai gardé un bébé fiévreux (39,5 °C) sans inquiétude particulière, convaincu que mon immunité était aussi bonne que possible. En approfondissant la question de l’utilité des vaccins si la forme physique et bonne, j’ai découvert une boucle vertueuse : le « style de vie plus » renforce l’effet de l’exercice sur la réponse vaccinale. Une interaction que j’ignorais, mais qui me conforte dans mes choix.
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