La soif des WC


Chaque année, la Suisse utilise 290 millions de litres d’eau potable pour rincer les cuve des toilettes! Comment contourner cette absurdité?

Ce n’est un secret pour personne: les quelques pluies qui viennent enfin de tomber ne sont, au vrai sens du terme, qu’une goutte d’eau par rapport à la quantité nécessaire pour combler les manques dus à la succession de canicules cet été. Et comme il semble que ce genre de situation risque de devenir la norme, tout le monde cherche le moyen de l’économiser, sans vraiment la trouver. Pourtant, au regard de quelques chiffres, une piste au moins mérite notre attention: l’utilisation des eaux grises.

142 litres par personne

En Suisse, chaque membre d’un ménage consomme en moyenne 142 litres d’eau potable par jour, ce qui, soit dit au passage, représente la bagatelle de 1 milliard de mètres cubes. Mais c’est la répartition de cette consommation qui vaut le détour:

1) 41 litres (28,9%) pour la chasse d’eau des WC;

2) 36 litres (25,3%) pour la douche et la baignoire; 

3) 22 litres (15,5%) pour l’évier de la cuisine;

4) 17 litres (12%) pour la machine à laver;

5) 16 litres (11,3%) pour les lavabos des salles de bains;

6) 3 litres (2,1%) pour le lave-vaisselle;

7) 7 litres (4,9%) pour les espaces extérieurs.

WC gourmands

Oui, vous avez bien lu: le poste le plus important, c’est le rinçage des cuves de toilettes. Et à l’évidence, nul besoin d’eau potable à cette fin! Or, faisons le calcul: en récupérant, après usage, l’eau des postes 2 à 5 (celle, précisément, qu’on appelle «eau grise», parce qu’elle est à peine souillée), on aurait largement de quoi économiser celle nécessaire aux WC, mais aussi à l’arrosage des jardins. Est-ce possible ?

Oui si on s’y prend lors de la construction, non (ou à très gros frais) pour une maison déjà bâtie. Facile à comprendre: pour récupérer l’eau grise, il faut non seulement un réseau de canalisation ad hoc, mais encore un réservoir, une pompe, ainsi qu’un système de filtration et de traitement. Tout à fait imaginable au moment de la construction, cauchemardesque (à cause des canalisations surtout) à installer après coup.

Sans but lucratif

Mais même lors d’une construction, la principale motivation doit être essentiellement écologique, car sur le plan économique, elle n’est guère rentable. Pour une maison habitée par une petite famille avec deux enfants, une telle installation va en effet permettre d’économiser entre 55 et 60 m³ d’eau potable par an, soit environ 300 fr./an. Or, elle va coûter entre 15 et 18’000 fr. (sans tenir compte de l’électricité, des filtres et de l’entretien), et il va donc falloir entre 50 et 60 ans pour l’amortir.

Reste que plus il y aura de demande, plus les prix vont baisser. Et que par rapport au coût total de la construction, ce poste reste modeste. Est-ce que, à l’instar des panneaux photovoltaïques ou thermiques depuis le 1er janvier prochain dans le canton de Vaud, une telle installation pourrait devenir obligatoire lors d’une nouvelle construction? L’avenir, qui s’annonce franchement sec, nous le dira…

Rédigé par Christian Chevrolet

Ancien journaliste, auteur de plusieurs ouvrages juridiques et scientifiques. Et d'un premier roman (Hors de portée, éd. Pillet) en 2025.