Le fruit d’une réflexion hors saison

Et si nous revenions à la raison et nous contentions des fruits et légumes produits en Suisse ou dans les pays voisins à la bonne saison?

24 février, rayon fruits et légumes d’une grande surface très suisse : asperges du Pérou; myrtilles du Maroc; abricots, raisin et nectarine d’Afrique du Sud. Dès lors, on n’est qu’à moitié surpris de trouver aussi des fraises, mais presque étonné de constater qu’elles ne viennent «que» d’Espagne! Désormais, tout et n’importe quand, à n’importe quel prix écologique, mais – comme on le verra plus tard – pas nécessairement plus cher que pour les produits locaux lorsqu’ils seront «de saison», donc disponibles.

Et pour compliquer encore un peu le problème, un fruit ou un légume hors saison ne vient pas nécessairement de l’autre bout du monde… Une tomate, par exemple, peut très bien être produite en Suisse en plein mois de janvier, mais cultivée hors sol sous une serre chauffée, éclairée artificiellement. Bonjour l’aberration!

Qu’est-ce qu’un calendrier?

Bref, il est temps de se rappeler la définition de «calendrier»: a) «système de division du temps en année, mois et jour», b) «emploi du temps, programme» (Le Petit Robert). Retenons les mots «mois» et «programme». Et que la nature, à quelques rares exceptions près (la betterave rouge, la carotte, le céleri-rave, certains choux, le rampon, etc.), s’arrange pour que fruits et légumes se pointent à des moments précis, principalement pour de bêtes raisons météorologiques. Mais comme les saisons ne sont pas les mêmes ici et là-bas, il est facile aujourd’hui, avec les moyens de transport de masse ultrarapides et le prix ridicule du kérosène, de modifier le «programme» naturel et d’importer ses envies sans trop alléger son porte-monnaie.

Aberration écologique

Des envies qui ne font pourtant pas envie… Non seulement les légumes et les fruits n’auront pas la même saveur ni les mêmes vitamines que ceux produits localement, mais ils seront entachés d’une méchante balafre écologique: selon une étude publiée sur le site de Swissveg, un kilo de légumes ou fruits locaux émet en moyenne 530 g de CO2, contre 760 s’il vient d’Europe, 870 d’Outre-mer par bateau, mais 11’300 par avion!

Trois calendriers essentiels

Alors qu’on se le dise: mangeons en accord avec les saisons! Le choix est certes plus restreint en hiver qu’en été, mais selon le calendrier «Légumes et salades de saison en Suisse», il y a quand même 29 recommandations en mars (batavia, carottes, choux, côtes de bette, endives, épinards, radis, rampon, topinambour…) contre 42 en avril, 50 en mai, 60 en juillet, avec un summum de 62 en septembre.

Trois calendriers bien fichus pour s’y retrouver:

  • «Légumes et salades de saison en Suisse», qui énumère les produits mois par mois, ou par ordre alphabétique avec un graphique synoptique et des infos pour chaque légume (stockage, conservation, etc.).
  • «Paysannes et paysans suisses», un calendrier synoptique de 120 fruits et légumes, avec des filtres permettant d’isoler fruits, légumes, herbes et les quatre saisons. Possibilité d’imprimer un résumé sous forme de PDF.
  • Le calendrier du WWF, élégant et très bien fait aussi, en passant soit par ordre alphabétique, soir par mois de production en Suisse.

L’énigme du prix

Reste un problème de taille: pourquoi diable, par exemple, les fraises qui viennent de si loin sont-elles meilleur marché que celles cueillies tout près de chez nous? Parce que sur le plan politique, en Suisse du moins, la raison semble de mise, les frontières restant largement ouvertes tant qu’il n’y a pas de concurrence indigène (comprenez: de saison), favorisant les prix bas des pays exportateurs, qui n’ont pas les mêmes barèmes salariaux et exigences de production. Mais dès que ces mêmes fruits ou légumes deviennent «de saison» chez nous, les importations sont limitées par des barrières tarifaires, et tout devient plus cher. Ceux importés augmentent mais les producteurs suisses sont obligés de réduire leurs prix pour rester compétitifs… Décidément, Corneille n’est pas loin!


Rédigé par Christian Chevrolet

Ancien journaliste (Gazette de Lausanne, 24 Heures, Bon à Savoir, Tout compte Fait…) et auteur de plusieurs ouvrages scientifiques ou économiques, j’ai décidé de reprendre ponctuellement la plume (enfin le clavier de mon ordinateur…) pour partager quelques réflexions ou mes coups de cœurs sur Info Seniors Vaud.

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