Un voyage aux origines de notre intelligence
Dans son dernier livre paru le 28 janvier 2026, « Le Rectangle de Lascaux – Et Homo sapiens inventa la géométrie », Stanislas Dehaene nous emmène au cœur des premières traces de pensée abstraite de l’humanité. Tout commence dans la grotte de Lascaux, où se trouve un dessin très discret juste sous la peinture du grand cerf : un simple rectangle tracé il y a environ 21 000 ans. Pour Dehaene, ce tracé représente bien plus qu’un dessin primitif ; il serait un témoin très ancien de l’émergence de la géométrie.
Cette découverte montre que les formes géométriques comme les rectangles, les carrés ou les spirales apparaissent dans toutes les cultures humaines. Selon l’auteur, cela révèle une capacité innée du cerveau à reconnaître les symboles et à manipuler des structures abstraites. Chaque forme, même simple, est le résultat d’un mécanisme fondamental : la capacité de combiner plusieurs éléments pour en créer de nouveaux. Ainsi, un carré n’est pas seulement « vu », il est construit mentalement par le cerveau comme un ensemble de quatre côtés et quatre angles droits.
Comment les enfants découvrent les formes
Cette intelligence ne date pas d’hier : les enfants possèdent naturellement un sens des mathématiques dès leur plus jeune âge. Ils explorent spontanément les proportions, les tailles et les symétries. En introduisant un objet dans un autre, ils comprennent sans explication formelle les notions de « plus petit » ou « plus grand ». Cela prouve que des formes simples peuvent nourrir des idées mentales très complexes et que le jeu, la curiosité et la manipulation sont les meilleures clés pour apprendre.
En lisant ce livre, un souvenir d’école enfantine m’est revenu : le « jeu des nombres » que la maîtresse nous prêtait. Les formes en carton représentaient les nombres, les pairs étant des rectangles et les impairs des formes en escaliers. Je revois encore la texture du plastique bleu collé sur les cartons. Grâce à ce jeu, j’ai appris à compter et à calculer. Un jour, ma maîtresse a même coupé un carré en deux pour me présenter mes premières « demies », me faisant découvrir les fractions sans le savoir.
Ce livre démontre que la géométrie, l’arithmétique et la musique partagent un langage symbolique commun dans notre cerveau. Nos apprentissages s’appuient sur des mécanismes très anciens et nous sommes tous, dès l’enfance, de petits explorateurs de formes. Pour le grand-père que je suis, cette lecture relie merveilleusement ma propre enfance à celle de mes petits-enfants. Elle nous rappelle que la beauté des mathématiques se cache parfois dans un simple rectangle tracé à l’entrée d’une grotte il y a 21 000 ans.
https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences/neurosciences/rectangle-de-lascaux_9782415014278.php : « Le Rectangle de Lascaux » : quand notre cerveau invente la géométrie