Combien de fois me suis-je entendu dire: bonne année 2026, elle pourra difficilement être pire que 2025. Et pourtant: le drame de Crans-Montana après 90 minutes seulement, le droit international jeté aux orties au Venezuela deux jours plus tard, et quoi encore? Alors, j’ai voulu, en guise de vœux pieux, tenter un petit exercice compensatoire. Vous parler de deux livres à découvrir de toute urgence si vous souhaitez, vous aussi, comprendre comment et pourquoi, ces quinze dernières années, le monde a évolué pour en arriver là où nous en sommes. Mais parce que nous sommes (presque) tous grands-parents, je suis allé chercher dans ma discothèque cinq chansons qui parlent d’espoir, pour nous mais surtout pour nos petits-enfants. Donc, malgré tout, bonne année à tout le monde!
Deux livres indispensables
On connaît tous les noms de Zuckerber (Meta, doncFacebook, WhatsApp, etc.), Musk (X, Space X, etc.) ou Bezos (Amazon), un peu moins ceux de Casaleggio, Cummings ou Bannon. Et pourtant, ce sont bien eux, Les ingénieurs du chaos*, qui ont su habilement profiter du royaume numérique en plein développement pour amener notre société, en quelque 15 ans, dans son état actuel. L’auteur suisse et italien Giuliano da Empoli, dont le roman Le mage du Kremlin a reçu le grand prix de l’Académie française en 2022, démontre avec force d’exemples comment les spécialistes des algorithmes ont réussi à peser sur les démocraties et les élections de nombreux pays. Comment, grâce aux données récoltées dans les réseaux sociaux et les moteurs de recherche, la communication lors des campagnes ultra-individualisée permet non pas de parier sur ce que les citoyens attendent, mais ce qu’ils veulent entendre. Comment il est possible de gagner des élections sans un vrai programme, mais en faisant beaucoup de bruit, puisqu’il est désormais possible de s’affranchir des médias traditionnels.
Da Empoli l’explique avec une écriture simple et abordable (peut-être parfois excessivement ironique) et ose cette comparaison qui m’a bien plu: le populisme est une sorte de carnaval. La possibilité pour des gens frustrés de se défouler, quelque chose de bigarré qui n’a rien de très sérieux et devrait être temporaire mais qui est en train de prendre un caractère permanent et – semble-t-il – inarrêtable.
Nettement plus difficile d’accès, le travail universitaire de la sociologue américaine Shoshana Zuboff, L’âge du capitalisme de surveillance**, développe le même thème en profondeur (750 pages + 100 pages de notes), notamment en le replaçant dans sa courte histoire, tant sur le plan technique (moyens informatiques) que politique (dérives populistes). Une lecture passionnante, mais à planifier sur un petit trimestre.
À noter que ces deux ouvrages sont sortis en 2019, avant le Covid, avant la guerre en Ukraine, avant la réélection de Trump et avant la démocratisation de l’intelligence artificielle. C’est dire…
* Les ingénieurs du chaos, Giuliano da Empoli, éd. Folio, * * L’âge du capitalisme de surveillance, Shoshana Zuboff, éd. Zulma
Cinq chansons pour garder espoir
>>> L’espoir, Bernard Lavilliers et Jeanne Cherhal
… «Le soleil se lève aussi
Et plus forte est sa chaleur
Plus la vie croit en la vie
Plus s’efface la douleur» (…)
>>> I can see clearly now, Jimmy Cliff
… «I can see clearly now the rain is gone
I can see all obstacles in my way
Gone are the dark clouds that had me blind
Look at the sky, it’s a beautiful day». (…)
>>> Tôt le matin, Gaëlle Faye
… «Aux premières heures du jour tout est possible
Si l’on veut reprendre dès le début, redéfinir la règle du jeu
Briser les chaines, fissurer la dalle
Inventer la lune, que tous la voient
Devenir vent de nuit, pousser la voile» (…)
>>> On ira, Zaz
… «On dira que les rencontres font les plus beaux voyages
On verra qu’on ne mérite que ce qui se partage
On entendra chanter des musiques d’ailleurs
Et l’on saura donner ce que l’on a de meilleur» (…)
>>> Quand je marche, Ben Mazué
… «Avancer, s’rassembler, sans flancher, enjamber
Le chantier des pensées qui semblait t’emmêler
J’m’y connais sans délais, mes soucis prenez-les
Et l’angoisse tenez la bien
J’vais shooter dedans comme elle vient
Faut qu’je marche» (…)