Pourquoi ne pas voyager près de chez soi ?

Caelum non animam mutant qui trans mare currunt
Ils changent de ciel mais pas  d’état d’âme ceux qui traversent la mer.

Jadis  On peut interpréter ainsi les propos du poète latin Horace (65-8 ans avant JC) : rien ne sert d’aller chercher au loin ce qui manque à notre état d’esprit. C’est une réflexion sur l’utilité des voyages qui connaissent un engouement  sans précédent de nos jours.

Le grand philosophe Montaigne (1533-1592) prône la beauté et l’utilité des voyages pour son enrichissement personnel. Il voyageait à cheval à travers l’Europe et les récits de ses voyages montrent sa grande curiosité intellectuelle et la pertinence de ses observations. A son époque, le haut moyen-âge, il y avait tout à découvrir car très peu de gens voyageaient et on pouvait observer de grandes diversités de paysages, d’architectures, de cultures sans s’éloigner beaucoup de chez soi.

Et maintenant  après ces cinq siècles qui nous séparent de Montaigne, le monde a changé : la population mondiale en 1500 était estimée à 438 millions de personnes et aujourd’hui nous sommes plus de huit milliards. Les moyens de transport se sont développés et diversifiés : le train, les paquebots et les avions permettent d’atteindre tous les points de la planète en un temps record. Où vas-tu en vacances cette année ? la question est banale dans les conversations avec nos amis, et nous sommes entraînés dans le courant des voyages.

Le nombre de voyageurs a considérablement augmenté, du moins dans les pays riches ; il en découle une certaine uniformisation, ou banalisation des modes de vie, de l’architecture des habitats et même des relations humaines. C’est le paradoxe du tourisme de masse qui prétend nous ouvrir à la nouveauté, nous faire découvrir des paysages nouveaux, des cultures différentes, le tout dans le calme et la sérénité.

Au lieu de cela le tourisme de masse abîme, voire détruit ce qu’il voulait nous faire découvrir et admirer : les plages sauvages se couvrent d’hôtels disgracieux  entourés de clôtures, les monuments historiques ne sont atteignables qu’après de longues heures de queue- quand ils ne sont pas partiellement interdits au public, sans parler des réservations et tarifs élevés souvent inévitables. Les gains réalisés par les pays concernés sont-ils à la mesure des dégâts subis ? Les avions émettent de fortes émissions de CO2 par passager surtout sut les longs courriers, ainsi que de NOx ,de soufre, de particules fines et d’ozone ; la qualité de l’air autour des aéroports et des axes touristiques est dégradée. Les grands navires de croisière utilisent des carburants de mauvaise qualité qui émettent beaucoup de CO2 et de soufre, même quand ils sont à l’arrêt. Partout on observe une dégradation des écosystèmes,  des déchets  plastiques dans les eaux. L’impact sur la santé des humains et l’environnent est avéré : maladies respiratoires, cancers et pluies acides : Les pays les moins responsables subissent souvent les pires conséquences par la pression croissante sur des zones déjà fragile

Le réchauffement climatique est à l’ordre du jour, et l’influence des activités humaine est prouvée depuis longtemps, dont les déplacements incessants des humains et des marchandises. On en revient à Horace : qui trans mare currunt…voyager est dans la nature humaine selon Montaigne, mais il y a la façon. Est-ce raisonnable de passer ses week-ends dans des capitales européennes éloignées sous prétexte que les billets d’avion sont bradés ? D’aller chercher le soleil à l’autre bout du monde parce que c’est l’hiver chez nous ?

La pollution,  la dégradation des habitats et des écosystèmes ? Les scientifiques trouveront bien le moyen de les maîtriser,  et moi je ne prends l’avion qu’une fois par année depuis que je suis à la retraite, après une vie de labeur. Sans compter que je trie mes déchets et récupère les couvercles en alu de mes gobelets de yoghourt…ce que pensent bien des humains.

Que faire ? Limiter le plus possible la frénésie des voyages, privilégier les moyens de transport écologiques et les courtes distances. N’oublions pas  que toute civilisation finit par décliner. Pensons à l’Egypte, la Grèce ou l’empire romain. Tout montre que notre civilisation est dans le déclin : pollution, surpopulation, famines et guerres par endroits. L’humain est capable du meilleur comme du pire, voir plus haut, si nous pensons à la musique, la littérature, l’architecture : les châteaux, les cathédrales, etc.

Pour rester optimistes sachons que notre bonne vieille planète a encore quelques milliards d’années pour réparer tous les dégâts causés par ces humains dont elle pourrait  bien vouloir se débarrasser un jour, comme elle l’a fait pour de nombreuses autre espèces.

Pour ceux que ces considérations auraient convaincus voici quelques propositions de voyages dans notre cher pays : le musée de Ballenberg près de Brienz, la chute du Rhin à Neuhausen, le pont suspendu à Sigriswil, le lac sous souterrain de St Léonard, ainsi que les vieilles villes de nos capitales : Bern, Soleure, Fribourg, etc.

Rédigé par Patrice Francfort, notre invité du BLOG.

Docteur en médecine vétérinaire à la retraite, après des années de pratique en campagne et divers mandats officiels en rapport avec la protection des animaux, Patrice Francfort s’est toujours intéressé au comportement des animaux,  des chiens en particulier. Il a écrit plusieurs articles dans le journal de sa région, concernant notamment l’impact de notre mode vie sur  l’avenir de notre planète.


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